Aux confluents de l’Akiawenhrahk

             
               


           



                                                                                             Véronique Picard                                                                                                                    Sabryna Godbout                                                                                







Aux confluents 
de l’Akiawenhrahk

Sabryna Godbout + Véronique Picard
2026

 
               


« Dans cette œuvre, j’ai voulu représenter l’alliance sous ses dimensions politique, diplomatique et relationnelle. Les rangées de perles de wampum de chaque côté rappellent le rôle de ces objets dans les ententes historiques, tout en soulignant la dualité, un principe culturel qui traverse ma démarche artistique. 

Une alliance n’existe qu’à travers la relation entre deux êtres, deux forces, deux volontés qui se veulent réellement se rencontrer. Le fond mauve de l'image rappelle la couleur associée aux colliers de wampum. Au centre, deux mains qui se serrent illustrent l’entente mutuelle et la confiance, liées par un fil rouge symbolisant l’amour et l’engagement. »



Dans ma démarche artistique, la notion de dualité occupe une place centrale. Je m’inspire profondément de la culture wendat, tout en l’adaptant à ma propre personnalité et à mon parcours. Le concept de dualité est très présent dans la langue et dans la culture wendat. Il traverse les façons de comprendre le monde, les relations et l’équilibre entre les forces qui nous entourent. Cette vision résonne fortement avec ma propre perception de la réalité.

Je crois en effet que, lorsque l’on prend le temps de regarder le monde attentivement, tout est dualité : mon identité, à la fois québécoise et wendat, le chaos et l’équilibre, la lumière et l’ombre, le féminin et le masculin et j'en passe. Ces oppositions ne sont pas des contradictions, mais plutôt des forces complémentaires qui coexistent et se répondent.

C’est cette tension, cet équilibre mouvant entre deux pôles, que je cherche à représenter dans mon travail artistique. La dualité devient alors un langage visuel et symbolique qui me permet d’exprimer à la fois mes racines culturelles et mon identité singulière.


J’ai voulu travailler avec Véronique parce qu’elle incarne, pour moi, la notion d’alliance. C’est une jeune femme wendat engagée, qui agit concrètement pour sa communauté, et une artiste talentueuse avec qui je partage la pratique des arts visuels numériques. 

On parle souvent d’alliance entre Autochtones et Allochtones, mais beaucoup moins de celles à créer entre membres d’une même Nation, alors que nos communautés sont parfois divisées, notamment autour du débat « sur‑réserve » et « hors‑réserve ». Véronique et moi sommes le reflet de ces deux réalités, et je crois qu’il est essentiel de tisser davantage de liens entre elles. À sa manière, sans le savoir, elle déconstruit aussi le stéréotype voulant que les Wendat vivant hors réserve soient détachés de leur culture. »



– Sabryna Godbout




                 



« Cette œuvre se construit en dialogue avec celle de Sabryna et met en lumière le travail nécessaire à l’alliance. Elle reprend certains des éléments qu’elle a créés, tout en les déconstruisant pour proposer une réponse plus personnelle, ancrée dans une autre manière de vivre et de comprendre l’alliance. Elle s’illustre comme un processus continuel qui demande de la patience, de la volonté et du travail.

Le perlage est volontairement inachevé. Il est en train de se faire, avec des traces du travail en cours. Les mains sont en action, engagées dans quelque chose de patient, mais aussi imparfait. Il n’y a pas vraiment de début ni de fin, à l’image de ce processus qui demande de revenir, de défaire, d’apprendre et de recommencer autrement.

Les rangées de wampum restent intactes. Elles renvoient à l’ancrage identitaire, à la mémoire des ententes passées et au rôle de ces objets dans les relations. Cela reste en nous. L’œuvre évoque également un processus de reconnexion culturelle et une responsabilité de travailler perle par perle, en relation avec les enseignements, les savoirs et les personnes qui nous entourent. Les mains d’ailleurs traduisent aussi ce travail à la fois individuel et collectif : suivre un travail déjà commencé par d’autres, tout en trouvant sa propre manière d’avancer, toujours en relation avec les autres. Le panier de frêne rempli de perles ouvre vers le futur. Il porte une idée de continuité, de transmission et de ce qui reste à construire.

J’ai voulu travailler avec Sabryna parce qu’elle incarne, pour moi, une forme d’ouverture essentielle. Elle a une capacité à créer des espaces de connexion, mais aussi d’ancrage et de responsabilisation envers notre identité wendat et notre Nation. Elle est engagée, autant au niveau communautaire que culturel, et représente pour moi une source d’inspiration dans sa manière d’agir, avec une force tranquille. Son approche est ancrée dans la relation et dans une vision de l’alliance qui se vit concrètement. 

Cette collaboration n’est pas seulement artistique, elle est aussi relationnelle. Elle reflète notre amitié, mais aussi notre lien au sein de la communauté. Nous sommes dans un échange constant, dans une volonté d’apprendre, de se questionner et de cheminer ensemble, avec l’intention d’être de bonnes personnes, fidèles aux valeurs qui nous habitent et chacune dans nos différents rôles. »



– Véronique Picard