Aux confluents de l’Akiawenhrahk
Vers Yahndawa’
2019
Avant de démarrer le projet Yahndawa’, de nombreuses considérations et questions ont été abordées entre les personnes impliquées. Un temps était nécessaire pour faire le point sur nos pratiques et sur les façons dont nous pouvions travailler ensemble à la création d’un espace d’échange et de collaboration entre artistes autochtones et allochtones.
Repenser le modèle d’échange international
Dès le départ, nous avons fait un premier constat : alors que les centres d’artistes de Québec avaient au fil de leur histoire développé de nombreux projets d’échanges internationaux fructueux avec plusieurs pays lointains, cet effort n’avait pas été fait sur les territoires mêmes où nous vivons, où de nombreuses cultures et réalités de création artistique existent, et que nous nous connaissons souvent bien mal. De là est née l’idée de cet échange entre artistes autochtones et allochtones sur ces territoires, qui nous permettrait de mieux apprendre à nous (re)connaître.
C’est donc à l’automne 2019 que de premières démarches ont été faites entre VU et des artistes Wendat pour commencer à rêver un projet d’échange et de création. En partant de l’expérience de modèles d’échanges internationaux déjà existants, il est apparu important que cet échange se développe et se transforme selon les réalités et les pensées autochtones. Pour cela, un comité artistique composé d’artistes de Québec (Annie Baillargeon, Jacynthe Carrier, Véronique Isabelle et Anne-Marie Proulx) et de Wendake (France Gros-Louis Morin, Teharihulen Michel Savard et Manon Sioui) a été formé pour développer le projet, afin qu’il soit dès le début imaginé en collaboration. Teharihulen, qui avait joint le conseil d’administration de VU plus tôt cette année là, a proposé que Manon et France fassent partie du comité pour esquisser le projet, et les membres de l’équipe de VU ont invité Annie à se joindre aussi.
Travailler ensemble
Ce projet n’a donc pas commencé avec une opportunité de financement. Ce sont plutôt des relations qui en ont jeté les bases, avant la recherche de subvention. Le comité artistique s’est réuni régulièrement en amont du projet pour échanger autour des différentes réalités de nos communautés et des conditions de création qui en découlent. Ces rencontres ont permis à chacun·e de mettre en perspective ses façons de penser et de faire, et c’est en les mettant en commun qu’a émergé un modèle d’échange collectif répondant aux besoins propres de chaque communauté.
En plus des liens à développer entre artistes, d’autres liens étaient aussi à créer avec des organismes artistiques. En effet, un important réseau de centres d’artistes autogérés soutient depuis une quarantaine d’années la production et la diffusion des artistes de différentes disciplines à Québec. Puisque peu d’artistes wendat étaient membres de ces centres, le projet visait aussi à les lier à ces organismes qui pourraient eux aussi apprendre à connaître la communauté artistique wendat et ainsi mieux la soutenir.
Modèle d’échange
Les conversations du comité artistique ont révélé l’importance de créer un modèle d’échange basé sur le dialogue et le partage pour que, tout au long du projet, les artistes puissent apprendre à se connaître, créer des liens et aussi développer des projets en collaboration.
Ateliers – Il a semblé essentiel, avant que ne soit entamée toute collaboration, que de premiers échanges sous forme d’ateliers collectifs permettent aux participant·e·s de se connaître. Tant à Wendake qu’à Québec – en passant aussi par la rivière qui unit les deux communautés – il a été imaginé que chacun·e initie les autres à leurs modes de pensée et leurs savoir-faire, en plus de se familiariser avec l’univers de création, l’environnement culturel et artistique de chacun·e. Cette formule représentait aussi une occasion pour les organismes de participer aux ateliers et d’apprendre à connaître les diverses réalités de création des artistes pour mieux les appuyer dans l’ensemble du projet.
Résidences – Les résidences artistiques s’imaginaient donc dans la continuité des rencontres et des ateliers, favorisant ainsi la cocréation soutenue par les centres participants. Les centres étaient appelés à offrir leur temps, leur expertise, leurs espaces et leurs équipements pour favoriser la réalisation des différents projets. Le comité a mis en lumière l’importance de favoriser les immersions pour l’échange entre les artistes, c’est-à-dire des espaces et des temps réservés exclusivement au dialogue et à la création.
Diffusion – À la toute fin du projet, il semblait important que les œuvres réalisées pendant les résidences soient présentées dans les centres d’artistes participants de Québec, ainsi que dans un lieu de Wendake qui pourrait accueillir la diffusion de certaines œuvres, sous différentes formes possibles : exposition, réunion, événements, etc.
Choix des artistes et des collaborateurs
Dans une volonté d’échange réciproque, sept artistes de Wendake et sept artistes de Québec ont été invités à ce projet d’échange, et accompagnés dans la cocréation par sept organismes de Québec.
Les sept artistes de Wendake ont été choisis par le comité artistique en tenant compte de la diversité de leurs pratiques artistiques, de leurs envies d’explorer la création multidisciplinaire avec d’autres artistes, tout en favorisant le partage intergénérationnel. L’intention était aussi d’inclure des artistes qui vivent aujourd’hui éloignés de la communauté, afin de renforcer aussi l’appartenance à l’identité wendat.
Les sept artistes de Québec ont quant à eux été sélectionnés par les organismes partenaires, parmi leurs membres. Ces sept organismes ont été approchés notamment en fonction du lien existant entre leurs différents mandats et les pratiques des artistes wendat, et donc du potentiel de liens à créer. Certains centres ont procédé par invitation alors que d’autres ont préféré faire un appel de dossiers réservé à leurs membres. En plus d’investir financièrement dans le projet, ces organismes ont partagé leurs espaces, leurs équipements et leurs expertises afin de soutenir le développement des artistes à différentes étapes de la création.
Suivant l’idée du portage, il a été considéré particulièrement important que des déplacements se fassent entre les deux communautés artistiques et culturelles, avec certaines activités du projet planifiées à Québec et d’autres à Wendake, avec des visites à des endroits qui nourrissent les univers artistiques des artistes.
Accueillir l’imprévisible
C’est donc sur ces bases que s’est amorcé Yahndawa’, mais toujours avec la possibilité de s’ajuster en chemin : s’arrêter le temps d’un portage pour voir comment continuer ensemble le parcours.
Photos : Charles-Frédérick Ouellet