Aux confluents de l’Akiawenhrahk
Journée d’échange du solstice
Avec des membres d’Ahkwayaonhkeh et de VU, accompagné·e·s par la Boîte Rouge vif
Au camp de Teharihulen, Onyionhwentsïio’
14 juin 2023
Étaient présent·e·s : Ève Bastien, Alexandre Berthier, Julia Caron Guillemette, Jacynthe Carrier, Véronique Isabelle, Marie-Céleste Kennedy, Anne L’Heureux, Carl Morasse, Anne-Marie Proulx, Teharihulen Michel Savard, Manon Sioui, Guy Sioui Durand, Sarah Toung ondoLa première activité de rassemblement de l’Alliance a pris la forme d’une journée d’échange sur le territoire, à l’occasion du solstice d’été. Le comité Kwatriho’tat a invité plusieurs personnes impliquées dans les activités d’Ahkwayaonhkeh et de VU, ainsi que certaines personnes qui ont suivi Yahndawa’ et le projet d’Alliance de manière plus générale. Deux personnes de la Boîte rouge vif nous ont également accompagnés dans la préparation de la journée, à laquelle ils étaient également présents.
L’objectif de cette journée était de nous ancrer dans le territoire pour discuter du projet d’Alliance. Les grandes questions qui nous ont animées étaient les suivantes: Où sommes-nous? Où allons-nous? Il était important à nos yeux de commencer par prendre conscience d’où nous sommes (quel constat faisons-nous de notre milieu) afin de mieux comprendre vers où nous souhaitions aller ensemble (mettre en commun nos visions et nos rêves, et définir quelles actions nous pouvons poser pour mettre en place cette vision).
Pour commencer, nous avons allumé un feu, qui a brûlé tout au long de la journée. Nous avons fait une offrande de tabac, et les remerciements ont été prononcés.
« Les choses importantes se disent autour d’un feu. » – Guy Sioui Durand
Après un mot de bienvenue, nous avons réalisé un cercle de parole. Chacun·e était invité·e à partager un souvenir significatif avec la forêt et/ou le territoire. Ainsi, avant toute chose, nous nous sommes lié·e·s humainement, entre nous, et plus largement, avec le vivant.
« C’est le territoire qui précède l’alliance. Pour La tente parlante, il y avait du sapinage de Wendake, et il devait y avoir une toile de Pakuashipi. C’est comme une boucle. Le projet a commencé là où nous sommes, et nous sommes de retour sur le territoire. Ça nous permet de réaliser que le vivant est le plus précieux. »
– Guy Sioui Durand
Où sommes-nous?
Nous avons ensuite partagé nos visions respectives de l’Alliance, et sommes revenu·e·s sur ce qui a été réalisé en amont et au sein de ce projet. Puis, nous avons tenté de faire un constat des milieux artistiques de Québec et de Wendake.
« Est-ce que c’est de prendre soin que de faire de l’art ? » – Anne-Marie Proulx
« L’art est un outil de démocratie qui dérange le politique. » – Ève Bastien
« Le système colonial est maladroit dans sa tentative d’équilibre entre l’organisationnel et l’humain, sacrifie souvent l’un pour l’autre. Avec la perspective autochtone, on peut se demander quel genre d’organisation on veut devenir. » – Marie-Céleste Kennedy, Boîte Rouge Vif
« Il faut protéger et faire attention à la dimension humaine. Et ca prend du chaos pour la création. » – Véronique Isabelle
Dîner
Le partage du repas et la nourriture est un élément fondamental lors de nos rencontres. Une attention particulière est portée au choix des aliments, à la manière de les préparer, comme si la cohérence et les valeurs que nous souhaitons partager dans le cadre de ce projet peuvent être ingérées, partagées. Ici, il y avait une tablée généreuse avec de la sagamité, du poisson fumé, des fromages, de la bannique, de la salade, des fruits, cafés, thés et infusions de plantes cueillies. Nous privilégions aussi la forme du potlock, représentative du partage collectif.
Où allons-nous?
Pour avancer ensemble dans ce projet, il faut apprendre à faire confiance, même quand nous avançons dans une certaine zone d’inconnu avec des personnes avec qui nous apprenons encore à tisser des liens. Nous avons donc proposé un exercice où, en silence, une personne avec les yeux bandés se faisait guider par une autre sans bandeau pour marcher dans le territoire. Cet exercice était également une invitation à la présence, à l’écoute, à la bienveillance et à la confiance d’avancer ensemble en territoire inconnu.
Puis, nous avons formé de petits groupes pour réfléchir aux questions suivantes: Quelles sont les valeurs que nous souhaitons pour cette alliance? De quoi rêvons-nous pour l’Alliance? Que peut-on mettre en place collectivement pour atteindre cette vision?
La fin de la journée nous a permis de mettre en commun nos visions, de discuter, de débattre, de partager. Ces idées ont été rassemblées sur une carte conceptuelle, où chacun·e a ensuite déposé un élément cueilli sur le territoire, symbolique de la journée passée. Pour clore cette journée, tous ces éléments ont été retournés au territoire en forme de remerciement, avec du tabac.
« Je pense que cette idée de réciprocité, elle est restée, pour moi, très forte tout au long de la journée, cherchant un peu comment elle existerait, ce qu’on devait mettre en place pour s’en assurer. Et puis en fin de journée, où j’ai eu comme une révélation que nous étions là tous présents en ce lieu et que par cet acte le projet existait dans ce réel désir de partage et dans ce que peut porter comme force la simple présence lorsqu’elle est entière et sincère, sans savoir où cela nous mènera.
Finalement pour moi s’est opéré une perspective fertile avec l’idée de : sortir des murs, oui en étant sur le territoire ensemble physiquement et en apprenant de cette sensibilité au monde. Mais aussi dans l’image que renvoient les murs (pensée dans la boîte) : suivre les lignes directrices, notre milieu institutionnalisé, dirigé, contenu, distancé dans la pensée du milieu et de ses façons de faire. Une voie qui me semble pleine de possibles et que nous pourrions emprunter pour nous défaire de certaines perspectives ou du moins élargir celles-ci. L’autogestion comme point de rassemblement, comme modus operandi, tel un mouvement que nous avons en commun. » – Jacynthe Carrier