Aux confluents de l’Akiawenhrahk
Yahndawa’
Premières rencontres et ateliers
En suivant la rivière Akiawenhrahk/St-Charles
À Wendake et à Québec
Été-automne 2021
Artistes
Aïcha Bastien N’Diaye, Alexis Gros-Louis, France Gros-Louis Morin, Andrée Levesque Sioui, Teharihulen Michel Savard, Manon Sioui, Nicolas Renaud, Annie Baillargeon, Anne-Marie Bouchard, Dgino Cantin, Phile Després, Érika Hagen-Veilleux, Jeffrey Poirier, Alain-Martin Richard
Auteur·trice·s
Guy Sioui Durand, Anne-Marie Proulx
Organismes
Avatar, La Bande Vidéo, La Chambre Blanche, Le Lieu, L’Œil de Poisson, Rhizome, VU
Apprendre à se connaître. C’était la première étape nécessaire au projet Yahndawa’, et ce avant d’entamer des résidences de cocréation entre artistes et avec les différents organismes impliqués. Des ateliers ont ainsi été conçus afin d’expérimenter de premiers contacts sur le territoire, et ce en accompagnant le parcours de la rivière entre les deux communautés. Activés par une série d’éléments symboliques et culturels qui permettent de mettre en commun nos perspectives et nos visions du territoire, les ateliers ont donné l’occasion d’écouter différents récits invitant à (re)prendre conscience d’où nous sommes pour ainsi mieux entrer en relation.
Relier par les eaux ou comment faire
entrer un cercle dans un carré
Rencontre virtuelle entre les artistes et les représentant·e·s des organismes partenaires
11 mai 2021
Encore contraint·e·s par la pandémie et la distanciation sociale, nous avions déjà repoussé plusieurs fois notre première rencontre entre les artistes et les représentant·e·s des centres partenaires, et avions dû nous résoudre à ce qu’elle se fasse de façon virtuelle. Chacun·e dans nos petits carrés, nous avons entamé un cercle de partage et de parole en prenant l’eau comme fil conducteur et comme élément pour se relier les uns aux autres.
Teharihulen a entamé le chant du canot pour initier cette rencontre puis Manon a ouvert et tenu le cercle de parole dans lequel chacun·e a été invité·e à partager un souvenir en lien avec les eaux. Nous avons ainsi parcourus ensemble des eaux amniotiques, cosmologiques, celles de l’enfance ou encore de lacs, de rives, de fleuves, des mers intérieures, ou encore des sensations, des états… et nous nous sommes ainsi présentés à partir de l’élément qui désormais nous réunit et nous porte, bien au-delà de nos pratiques artistiques.
Nous avons présenté les valeurs qui sous-tendent ce projet, le modus operandi qui se dessine ainsi que la série d’ateliers à venir qui permettront aux participant·e·s d’entrer en relation les un·e·s avec les autres, d’apprendre à se connaître avec le territoire qui gagne au fur et à mesure de nouvelles perspectives.
Notes d’Anne-Marie Proulx lors de notre première rencontre
Premier atelier
À partir
de la chute Kabir Kouba
Salle communautaire Kondiaronk et Musée Huron-Wendat, Wendake
19 juin 2021
La menace d’un orage violent nous a fait changer nos plans qui étaient de nous retrouver sur la rivière en canot, pour finalement nous diriger à la salle Kondiaronk, un lieu communautaire chargé d’histoire et d’objets divers rappelant la présence des ancêtres de la communauté. Après avoir nettoyé et préparé la salle qui était restée fermée depuis près de deux ans à cause de la pandémie, nous nous sommes réunis entre artistes et représentants de chacun des organismes impliqués. Un contexte pour faire de nouvelles rencontres ou encore pour se retrouver. Nous nous sommes assis ensemble en cercle. Teharihulen nous a tout d’abord parlé du lieu, partagé différents éléments de la culture wendat comme le jeu du bol, puis les gens se sont présentés les uns à la suite des autres en partageant leurs attentes, en adressant aussi des questionnements et/ou des inconforts. Par exemple, certaines inquiétudes mentionnées en lien à l’appropriation culturelle ont immédiatement soulevé un débat où se multipliaient les positions, et faisait prendre conscience collectivement de la complexité des relations et des tensions qui peuvent se tramer au sein du groupe, en plus du défi que représente ce projet.
France avait préparé du jus de fraise, et Manon, une soupe de tournesol ainsi qu’une infusion de cèdre. La journée s’est poursuivie avec la visite du musée Huron-Wendat, pour voir ensemble les collections, l’exposition temporaire Le canot, porteur de traditions, la réplique de la Maison longue et l’Église Notre-Dame-de-Lorette de Wendake. Ce fut aussi une occasion de voir le travail de Manon : la murale du parc de la Falaise, qui raconte la femme tombée du ciel, mythe d’origine Wendat, ainsi qu’une exposition extérieure présentée sur panneaux qui montre plusieurs de ses oeuvres. La journée s’est clôturée à la salle Kondiaronk pour assister à la projection des courts-métrages Portages et Oursons de Nicolas, rendant hommage à Roland Sioui, père de Manon décédé peu de temps auparavant.
Deuxième atelier
Yawe yawe yawe
Sortie en canot, Wendake
14 août 2021
Nous nous sommes retrouvé·e·s par une belle journée ensoleillée, pour une sortie en canot sur la rivière : une expérience forte en symboles, en partages et en humour aussi. Nous avons remonté dans les méandres de la rivière, et le canot offrait un espace privilégié pour les échanges, pour s’apprivoiser et naviguer ensemble. En amont, nous avons retenu toutes nos embarcations ensemble pour former une île, une manœuvre proposée par Guy qui en a profité pour prendre la parole. Manon a offert à chacun·e d’entre nous un petit bouquet de foin d’odeur attaché avec un ruban orange, pour souligner la découverte récente de tombes d’enfants disparus dans les pensionnats. Une façon de ne pas ignorer les drames de notre histoire même si nous nous retrouvons autour de la création.Nous avons ensuite accompagné le courant et avons fait une pause sur une île, à l’ombre d’une forêt de grands saules où nous avons partagé la bannique de la belle-mère de Teharihulen, avec de la confiture de framboises sauvages de Véronique. Alain-Martin en a profité pour nous présenter son projet L'Atopie textuelle et inviter certain·e·s d’entre nous à y participer en prenant avec eux un morceau de cette œuvre en échange d’un son. Nous avons ensuite allumé un feu, Teharihulen nous a présenté le tabac puis nous avons été invité·e·s chacun·e notre tour à en brûler.
Troisième atelier – Aux abords de l’Akiawenrahk
Marche le long de la rivière, visite des centres d’artistes, potluck et Pecha Kucha des artistes
Centre-ville de Québec
2 octobre 2021
Pour ce 3e et dernier atelier, nous nous sommes tous donné rendez-vous à “l’Anse à Cartier”, au coeur de l'œuvre d’art publique représentant le squelette de la Grande Hermine, l’un des vaisseaux de Jacques Cartier qui avait posé l’ancre à cet endroit en 1535. Guy performe devant nous un récit qui revisite ce mythe d’origine de la ville de Québec dans la perspective Wendat. Ensuite, nous avons marché le long des berges de la rivière, pris le temps de revisiter ensemble la série de monuments coloniaux dans le parc Cartier-Brébeuf.
Nous avons fait une pause sur la Passerelle de la Tortue et parlé de cet animal dans la cosmologie wendat. Après avoir traversé la rivière, nous avons poursuivi dans la ville présentée aussi dans la perspective de Québec, en passant près de l’usine de Tabac, de la passerelle du parc Victoria et de l’hôpital Général. Nous nous sommes arrêtés ensuite dans l'œuvre La classe Buissonnière de Ludovic Boney et Andrée nous a conté Wari, un magnifique récit de la courge beurre d’érable.
Nous avons ensuite visité les organismes un à un, pour connaître leurs espaces de production et de diffusion. Anne-Marie Bouchard nous a également montré une de ses animations et nous nous sommes ensuite dirigés vers l'îlot des Palais où l'archéologue Marcel Moussette nous a raconté un peu de ses recherches sur ce site.
Nous avons entamé la soirée avec une épluchette de maïs et un grand festin en mode potluck, où chacun·e des artistes de Québec a cuisiné un plat à partager, et s’en est suivi une soirée Pecha kucha (une forme de présentation de 20 images x 20 secondes chacune) où chaque artiste a pu présenter son travail de création à sa manière. La soirée s’est terminée autour d’un feu de camp, car comme le dit Guy : « les choses importantes se disent autour d’un feu ».
« Je me rappelle qu’une de ces choses importantes rapportées autour du feu venait d’Aïcha, qui mentionnait comme il est précieux de pouvoir créer un espace de partage sacré où on se sent en confiance pour ouvrir nos coeurs ensemble, d’adresser nos questions sans se sentir jugé et de pouvoir ainsi apprendre les uns des autres. »
– Véronique Isabelle
Photos : Charles-Frédérick Ouellet